Evaluation des performances

Il existe des sports individuels et des sports collectifs; le bridge n’est sans doute pas un sport mais c’est une discipline « collective ». Les compétitions reviennent à mesurer les performances de groupes, que ce soit une paire de 2 joueurs partenaires dans les formules « tournoi par paires » ou une équipe comprenant plusieurs paires dans les formules « match par 4  » .  L’esprit d’équipe, la cohésion, la solidarité, c’est bien joli, mais la nature humaine est ainsi faite qu’on est toujours tenté de déterminer le niveau individuel de chaque joueur. Ce sont les joueurs eux-mêmes qui aimeraient prouver qu’ils sont plus forts que leurs congénères, ou les observateurs qui cherchent à établir leur hit-parade des meilleurs joueurs du monde, de leur région, de leur club, de leur rue…, ou l’entraineur-sélectionneur qui aimerait avoir un outil de mesure de l’efficacité des membres de son effectif. Des instruments de mesure, il en existe; ils sont plus ou moins objectifs, plus ou moins biaisés, plus ou moins précis, plus ou moins robustes. On peut recenser:
Le sondage: appréciation tout à fait subjective de la valeur des joueurs, genre café du commerce. chacun a son idée sur l’identité du 2e meilleur joueur du monde (après lui, bien sûr) mais on peut constater une certaine variabilité dans les résultats. A propos de ce type d’estimation, un jour sur BBO, mon compatriote Jean-Marie Py disputait une épreuve internationale; pour meubler un blanc pendant une donne plate, un commentateur lança: « ce Py, qu’est-ce qu’il vaut à votre avis? » et la réponse fusa chez un de ses collègues: « 3,14  » .
Les classements individuels: Il existe quand-même, il ne faut pas l’oublier, des compétitions donnant lieu à un classement individuel, les « individuels » justement, ces tournois par paires où chaque joueur change de partenaire à chaque tour. Ils étaient très appréciés il y a longtemps, à une époque où la technique collective (systèmes d’enchères ou signalisation en flanc) était très rudimentaire mais ils sont bien tombés en désuétude et ne sont en tout cas plus considérés classants du tout. Il existe aussi des classements généraux individuels au cumul des performances des joueurs sur l’ensemble des épreuves auxquelles ils participent, avec les fameux points d’expert et points de performance du classement français par exemple. On peut estimer qu’il a une certaine significativité mais il est tout de même faussé par 2 biais: un effet d’accumulation qui privilégie la participation intensive à un grand nombre d’épreuves au détriment de la qualité des résultats, et aussi le fait que l’on est tributaire du ou des partenaires avec lesquels on s’inscrit aux épreuves, les points gagnés étant partagés équitablement avec eux, indépendamment des mérites des uns ou des autres à réussir les performances pour lesquelles ils sont attribués.
On peut citer aussi les méthodes d’analyse plus fines, mais comportant encore une large part de subjectivité. Plus fines au sens où on ne se contente pas du résultat final mais où on descend au niveau de chaque donne pour apprécier les erreurs commises et attribuer leur responsabilité à un individu en particulier. Ce peut être ressenti comme une chasse aux sorcières mais l’exercice est profitable aux joueurs à condition qu’ils ne soient pas trop susceptibles et instructif pour le capitaine, coach ou entraîneur.
Cette analyse peut aussi être menée de manière totalement objective, mais peut-être moins précise et aussi seulement au niveau de la paire et non de l’individu, en adoptant cette grille d’attribution automatique, définie par Pierre Collet qui l’avait appelée: « le contrôle statistique », statistique au sens où, dans la majorité des cas et, en moyenne sur de longues séries de donnes, cela permet d’attribuer assez justement les IMP gagnés ou perdus par une équipe de 4. La méthode s’applique donc pour des matchs entre 2 équipes de 4 et elle affecte les points à l’une ou l’autre des 2 paires de l’équipe qu’on veut scruter, selon les principes suivants: contrôle statistique et le résultat final se présentera sous la forme de 2 scores, un pour chacune des 2 paires de l’équipe ayant participé au match. Par exemple, si le match est gagné de 12 IMP, on en arrivera peut-être au bilan que la paire en salle ouverte a gagné 20 IMP et que celle de la salle fermée en a perdu 8.
On peut aussi s’appuyer sur une méthode statistique pour, de la même manière, répartir les mérites et les responsabilités des différents composants d’une équipe de 4 mais, ici, on fait l’analyse non pas sur un seul match mais sur l’ensemble des matchs joués par une équipe dans une compétition, contre différentes équipes (par exemple tous les matchs d’une poule). Dans cette méthode, on ne fait aucune analyse technique des donnes jouées, mais on ne se sert que du score des matchs, de la composition de l’équipe dans chaque match et de la valeur de l’équipe adverse. L’hypothèse est que chaque paire de l’équipe a un rendement homogène (elle gagne tant de points par donne jouée) et que le résultat prévisible d’un match est N1+N2-N3 où N1 et N2 sont les rendements des 2 paires de notre équipe et N3 le rendement de l’équipe adverse. N3 peut se déduire directement du score total de l’équipe adverse à la fin de la compétition et N1, N2 se calculent « au mieux » par une méthode statistique. Le résultat, ce sont donc les N1, N2… des paires de l’équipe qui ont été alignées dans les différents matchs. Il peut n’y avoir que 2 paires si l’équipe n’a que 4 joueurs jouant en paires fixes ou jusqu’à 15 paires différentes si on a une équipe de 6 où tout le monde joue avec tout le monde. On peut raffiner la méthode en prenant en compte plus de détails (par exemple la composition de l’équipe adverse au moment où on la rencontre), calculer les rendements par joueur et non par paire quand les joueurs s’associent à différents partenaires, etc…
Il existe aussi le Butler qui permet de comparer les paires d’une même équipe mais aussi de comparer toutes les paires de toutes les équipes participant à une même compétition. Il y a une contrainte tout de même pour pouvoir faire tourner le Butler: il faut que ce soient les mêmes donnes jouées dans tous les matchs à chaque tour de l’épreuve. Ensuite, le Butler consiste à comparer, sur chaque donne le résultat réalisé par une paire à la moyenne des résultats obtenus sur cette donne à toutes les tables. Le Butler est considéré comme assez fiable et les joueurs sont très attentifs au score qu’il leur attribue. Malgré tout, il est aussi entâché de biais puisqu’il n’intègre pas dans son calcul la qualité de la paire contre laquelle on joue. Ainsi, si dans une équipe, la capitaine a sa paire « tireur de lapins » qu’il aligne prioritairement contre les adversaires les plus faibles, le rendement réel de cette paire sera surestimé par la méthode Butler. Mais on peut aussi raffiner la méthode pour prendre en compte ces effets perturbateurs (cela a déjà été fait et conduit à ce qui est probablement l’estimation la plus fiable des performances réalisées: le Butler-compensé). Le Butler fonctionne au niveau de la paire mais on peut évidemment l’appliquer au niveau du joueur pour les équipes où les partenariats sont tournants.
Enfin, pour faire simple quand on ne dispose pas de moyens de calcul suffisants, on peut se contenter de calculer pour chaque paire (ou chaque joueur) le total des IMP gagnés ou perdus par l’équipe au cours des match auxquels la paire (ou le joueur) a participé. Cette évaluation très rudimentaire est déjà informative.

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