Première défausse italienne

Sous ce vocable qui n’est pas tout à fait descriptif, se cache un système de signalisation en flanc au moyen des défausses faites par les 2 partenaires. Pas tout à fait exact dans la mesure où, si c’est par la 1e défausse qu’est transmis l’essentiel du message, les défausses suivantes suivent aussi un certain mode opératoire.

C’est en fait un système très simple, simpliste même selon certains qui l’estiment seulement adapté aux petits joueurs. Il peut se pratiquer aussi bien à la couleur qu’à Sans-Atout et il définit d’abord quelle carte jouer quand l’un des 2 défenseurs en vient à défausser pour la 1e fois de la donne. Cela vaut pour les 2 partenaires: si l’un d’eux est amené à défausser le premier, l’autre agira selon le même principe s’il doit à son tour défausser ensuite.

Le message transmis par cette 1e défausse se fait au moyen de la parité des petites cartes utilisées. Les petites cartes vont du 2 au 10; 3, 5, 7, 9 sont les impaires; 2, 4, 6, 8 et 10 les paires. La défausse d’une impaire, et pour être plus précis, de la plus petite impaire disponible, transmet un signal positif dans la couleur; la défausse d’une paire transmet un message négatif et, en plus, donne une indication sur les 2 autres couleurs (autres que celle jouée par le déclarant et celle dont on défausse): la plus petite paire disponible indique un intérêt pour la moins chère des 2 autres couleurs, et la plus grosse paire dont on peut se permettre de se séparer, pour la plus chère.

Le message « signal positif » est le même que dans n’importe quel système de signalisation: il traduit un intérêt pour la couleur indiquée, soit qu’on souhaite que le partenaire en joue quand il prendra la main, soit qu’on veuille lui signaler qu’on tient cette couleur et que ce n’est pas la peine qu’il s’y accroche aussi, soit qu’on veuille lui faire savoir où on détient des cartes importantes.

Voilà pour la 1e défausse faite par un joueur de flanc; les suivantes faites par le même joueur sont seulement utilisées pour donner classiquement le compte des couleurs (technique du « pair-impair du résidu ») et, à l’occasion, pour éclaircir le message de la 1e défausse si jamais on peut craindre qu’il n’ait pas été limpide pour le partenaire.

Pour revenir en détail sur la 1e défausse, il faut d’abord comprendre que, dans une couleur, on ne défaussera que certaines des cartes qu’on y détient: soit la plus petite impaire, soit la plus petite ou la plus grosse paire. Par exemple, avec A96542, on ne pourra faire comme 1e défausse que le 5 (si on veut faire un appel direct dans cette couleur), le 6 (appel pour la plus chère des 2 autres) ou le 2 (appel pour la moins chère des 2 autres); jamais ni le 4 ni le 9 (ni l’As d’ailleurs!)

La souplesse offerte par la 1e défausse tient à ce qu’on peut transmettre le message souhaité à travers une carte de n’importe laquelle des 3 couleurs disponibles. Voyons cela sur un exemple « riche »:

3
A96542
R74
D62

Le déclarant encaisse des piques et au 2e tour de pique, arrive le moment de la 1e défausse. Les intentions du joueur qui a cette main dépendent évidemment du contrat, des enchères faites pour l’atteindre, de ce qu’il voit au mort. Suivant qu’il veut appeler dans l’une ou l’autre des 3 couleurs, il peut défausser l’une des cartes suivantes:
Appel C: 5C, 6T, 4K
Appel K: 7K, 2T, 6C
Appel T: 2C, 4K

L’avantage, c’est qu’on n’est pas obligé de défausser d’une couleur précise pour donner un signal positif dans la couleur où on souhaite le donner. Atout d’importance car, bien sûr, l’objectif premier d’une défausse est de ne pas se dégarnir préjudiciablement dans une couleur cruciale, la transmission d’un message au partenaire n’étant que la 2e priorité; et il arrive très souvent qu’on ne puise pas se permettre de défausser d’une ou même de 2 couleurs sans offrir une levée à l’adversaire. C’est l’inconvénient que rencontrent certains autres systèmes de défausse: par exemple l' »appel direct » ne permet d’appeler dans une couleur qu’en y défaussant une carte, carte qui était peut-être destinée à réaliser une levée de longueur plus tard; le « Levinthal » à l’inverse oblige à ne défausser que dans les couleurs où on ne veut pas appeler mais une situation très fréquente est celle où on a une grande force dans une couleur et des arrêts lointains dans les 2 autres couleurs où on ne peut pas se permettre de se dégarder, ce qui conduit à un dilemme insoluble.

On a vu dans l’exemple un peu plus haut qu’on peut avoir le choix entre plusieurs cartes pour exprimer le même message lors de la 1e défausse. Ces cartes ne sont déjà pas équivalentes dans la mesure où certaines sont plus claires que d’autres: un 3 est toujours très clair (idem pour le 5 si le 3 est visible au mort): c’est forcément la plus petite impaire donc un signal positif incontestable. Un 2 est la plus petite carte de la couleur donc lisible aussi mais pas tout à fait aussi limpide qu’un 3 puisque le 2 pourrait être la seule paire contenue dans la couleur. Pour le choix entre les cartes disponibles pour transmettre un certain signal souhaité, il va se créer un ordre de priorité; on cherchera à utiliser la défausse la plus lisible pour le partenaire: en première priorité, la plus petite impaire de la couleur où appeler (sauf si on n’a pas d’impaire dans cette couleur et sauf si on veut garder toutes ses cartes dans cette couleur; en 2e priorité une paire de l’une des autres couleurs, la plus haute ou la plus basse bien sûr selon le message à transmettre et surtout la plus explicite. Dans l’exemple donné, à supposer qu’on puisse se permettre sans risque de défausser des 3 couleurs, la carte à sélectionner pour appeler à coeur est le 5C, celle pour appeler à carreau, le 7K (mais on peut remarquer que le 2T serait sans équivoque alors que le 6C pourrait être moins clair) et celle pour appeler à trèfle, le 2C. On note que le 4K serait une carte particulièrement ambigüe: étant la seule paire de cette couleur, c’est à la fois la plus haute et la plus basse paire et le pauvre partenaire serait bien en peine pour la déchiffrer. Il faut aussi se dire que celui qui transmet le signal ne sait pas toujours s’il sera limpide pour le partenaire. Par exemple, toujours avec la même main, supposons que l’on veuille appeler à carreau mais qu’on répugne à se séparer d’un carreau; la carte la plus claire serait alors le 2T; mais si on hésite aussi à se dégarnir à trèfle, on va alors choisir le 6C en se disant qu’on a 2 autres coeurs pairs plus petits (2 et 4) et comme il se trouve qu’on voit le 10 au mort, si, en plus, c’est le partenaire qui a le 8, il ne risque pas de se méprendre mais si c’est le déclarant, le partenaire pourra avoir un petit doute.

La plus grande force du système, c’est la tranquilité d’esprit qu’offre la possibilité de faire des appels directs très clairs et la souplesse de ne pas avoir cette seule corde à son arc. Les détracteurs du système, et ils sont nombreux! (en gros tous les champions considèrent que c’est une méthode primaire destinée aux minables qui sont incapables d’utiliser des méthodes plus raffinées) lui reprochent 2 défauts qu’ils attribuent à son caractère trop automatique. L’un est qu’on ne dispose pas toujours de carte adéquate pour le message voulu, l’autre est le risque de sur-interprétation (on est obligé de s’exprimer même si on n’a rien à dire!).
Comment être neutre? Il n’y a pas de recette universelle, il faut faire du cas par cas. On peut par exemple faire un appel impossible, dans une couleur connue comme improductive, soit qu’on y voit ARD au mort, soit qu’on sache que c’est une couleur que le déclarant va de toute façon manoeuvrer, soit autre chose allant dans le même sens. Sinon, on peut espérer le faire en 2 temps au moyen de 2 défausses mais encore faut-il alors avoir l’occasion de défausser une 2e fois et de faire cette 2e défausse assez tôt, avant que le partenaire n’ait eu à prendre une initiative décisive. La méthode classique pour cela consiste à défausser d’abord une carte paire d’une certaine couleur appelant donc dans une autre couleur puis une impaire de la couleur apparemment appelée; si on était vraiment intéressé par la couleur où on a commencé par appeler, on aurait évidemment fait comme 1e défausse l’impaire de cette couleur. Exemple: 2C à la 1e défausse, 5T à la 2e. Il existe une autre possibilité mais peu recommandable et à n’utiliser qu’en dernière extrémité: défausser une paire qu’on sait illisible, soit parce que c’est la seule paire de la couleur, soit parce que ce n’est ni la plus petite ni la plus grosse (le 4 avec 842).

Comment s’en sortir quand on ne dispose d’aucune carte de la bonne parité pour transmettre le message désiré? D’abord cela ne se produit heureusement que rarement: on n’a que des paires dans la couleur appréciée et que des impaires dans les 2 autres, ou plutôt d’ailleurs quand cela se produit, la couleur où on aurait bien une carte d’une parité qui conviendrait est celle dans laquelle on ne peut pas se permettre de défausser. Dans ces cas-là, on fait ce qu’on peut et c’est aussi du cas par cas. La méthode la plus prometteuse consiste à défausser une grosse impaire, soit le partenaire va se rendre compte que ce ne peut pas être la plus petite impaire détenue, soit, si on a l’occasion de faire une 2e défausse, on mettra les points sur les i en défaussant une 2e impaire de la même couleur, plus petite. Voyons encore sur un exemple:
6
RD8642
V74
V97

Avec cette main, on peut imaginer qu’on veuille appeler à coeur! (atout pique, entame pique, le déclarant donne un 2e tour de pique). On est proche du cauchemar avec des cartes de la mauvaise parité sauf le 4K. Cela dépend un peu du contexte, selon qu’on estime qu’on aura rapidement une 2e défausse à faire, selon que l’une des mineures est exclue de la course car sans avenir pour la défense, selon qu’il est plus ou moins dangereux de se dégardrer dans les mineures, mais la solution a priori la plus prometteuse est le 4K, ambigü dans un premier temps car seule paire de la couleur mais avec l’espoir de défausser ensuite un 7T qui éclaircira la situation. Si vraiment, en plus, on ne pouvait pas se permettre de défausser autre chose que des coeurs, il faudrait opter pour un coeur médian et essayer de montrer au partenaire que ce n’est ni la plus petite ni la plus grosse paire: le 4C puis le 2C à la 2e défausse et si on avait la chance de défausser encore une 3e fois, le 6C mais ce serait vraiment là une situation horrible rarissime  Pour profiter de cette main comme une révision de la méthode, voyons aussi comment on s’y prendrait si c’était à trèfle ou à carreau qu’on voulait appeler (difficile à imaginer mais non impossible). En tout cas, ce serait plus facile: à trèfle ce serait le 7T ou alors si on craignait de se délester d’un trèfle, le 2C; à carreau, de la même façon, ce serait le 7K ou le 8C.

5
RD862
9753
D63

Même situation: on veut appeler à coeur, on a les pires cartes pour cela à coeur et carreau et on ne peut pas se permettre de dégarder la DT. On va alors défausser le 9K qui déjà a toutes les chances d’être déjà compris par le partenaire qui, forcément, ne voit aucune des autres impaires à carreau et doit bien voir quelques-unes des paires et aussi un certain nombre des impaires à coeur. Et si on a la chance de pouvoir défausser une 2e fois, ce sera facile d’éclairer la situation avec le 3K ou, mais il faut voir où est alors la priorité, avec un 7K si on n’a pas peur de tromper sur son nombre de carreaux et qu’on craint une ambigüité pour le partenaire entre coeurs et trèfles.

Un autre reproche adressé par ses opposants à la 1e défausse italienne touche à l’éthique: le tempo de la défausse serait plus « expressif » que la défausse elle-même, certains allant même jusqu’à militer pour une interdiction de la méthode sur cette base! Pour essayer d’être objectif, il faut admettre que le tempo d’une défausse peut poser des problèmes dans toute méthode. Une défausse n’est pas une action automatique comme fournir de la couleur quand l’adversaire joue l’As. En fait, l’hésitation qui accompagne une défausse peut avoir 2 causes: soit le joueur réfléchit au message qu’il souhaite transmettre, soit il réfléchit à la meilleure façon de véhiculer le message qu’il a décidé de transmettre. Heureusement, presque toujours, il est difficile aux autres joueurs de déterminer, en cas d’hésitation, laquelle des 2 explications est la bonne. Finalement, la principale source d’information illicite, ce sont les défausses trop rapides et comme, effectivement dans le cadre de la 1e défausse italienne, il arrive très souvent que la 1e défausse soit évidente, il faut que ses adeptes respectent un minimum de discipline pour ne jamais la produire avant quelques secondes.

Compléments:
Il existe d’autres circonstances où il peut s’avérer efficace d’utiliser aussi la parité des cartes jouées en défense. Indépendamment de l’adoption ou non de la méthode de la 1e défausse italienne, on peut décider d’appeler ou refuser avec la parité des cartes fournies (et non plus défaussées) dans quelques situations particulières. 2 situations s’y prêtent bien:

– quand le partenaire, contre un contrat à la couleur, entame d’un As et qu’on découvre un singleton au mort dans cette couleur, ou aussi quand c’est le déclarant qui est connu pour y avoir le singleton.
– quand le partenaire entame d’un As contre une ouverture gambling de 3SA.

La stratégie est d’appeler dans la couleur en fournissant (toujours le même principe!) sa plus petite impaire, et d’appeler dans l’une ou l’autre des 2 autres couleurs en fournissant sa plus petite (pour la moins chère) ou sa plus grosse paire. Evidemment, dans ces situations, le choix des cartes est moins large puisqu’on est limité à une seule couleur et on n’aura pas toujours une carte satisfaisante à jouer, ce qu’on contournera comme indiqué précédemment (la plus grosse impaire si on n’a que des impaires et qu’on ne veut pas appeler, etc…), c’est pourquoi on se restreint à des situations très précises où on a généralement beaucoup de cartes dans la couleur jouée. Cette façon de faire est moins ambigüe que la méthode classique, pour le cas du singleton étalé au mort: grosse carte pour préférence chère, petite pour préférence économique et moyenne pour absence de préférence et incitation à faire couper le mort: la moyenne n’est quasiment jamais lisible.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s