Passe consentant

Le « Passe consentant » n’est qu’une convention de niche, un gadget qui ne servira pas tous les jours, mais qui peut-être très utile quand on en a besoin et qui permet d’éviter des incompréhensions qui pourraient se révéler très coûteuses.

Le point de départ est la volonté de ne pas se faire détourner de la cible qu’on veut atteindre par une manoeuvre de diversion adverse, qui pourrait d’ailleurs être ou non volontaire. La situation basique est celle qu’on appelle « Blanche-Neige »: le partenaire ouvre, mettons 1C; l’adversaire intervient, mettons 2T, et on a une bonne main (une bonne dizaine de points) et plein de trèfles, nombreux et charnus; on passe évidemment, le contre n’étant pas exactement punitif, avec la quasi-certitude que le partenaire, avec sa courte affichée à trèfle, ne manquera pas de réveiller; tout se passe pour le mieux, le partenaire réveille bien par le contre souhaité et on a la bave qui commence à monter aux lèvres, quand un petit incident se produit, bien anodin, l’intervenant surcontre; on passe évidemment, sans trop se poser de questions puisqu’on n’a aucun intérêt à envisager un autre contrat mais, à la réflexion, un doute s’insinue. Est-il bien évident que ce passe indique le tombereau de trèfles qu’on a devant les yeux? Et si on se pose cette question, le partenaire va se la poser avec encore plus de crainte et il ne va pas prendre le risque d’en rester là. Quel dommage de laisser passer une telle aubaine pour un ridicule manque de confiance.

Le moyen d’éviter ce désagrément, c’est de convenir que le passe dans cette situation indique sans équivoque le souhait de jouer le contrat déjà atteint. Voilà qui est dit: le passe « consentant » pour que le partenaire sache à quoi s’en tenir. mais, comme pour toutes les conventions, il serait dangereux d’en rester là sans approfondir les cas d’application et les ramifications possibles. Ce serait quand-même ballot de se mettre d’accord sur cette situation-là mais de se planter dans une situation voisine que l’un des deux partenaires considérerait comme assimilable et l’autre comme n’ayant rien à voir. Le remède c’est d’avoir une description simple et sans ambigüité. Le plus simple, c’est de convenir que la convention s’applique dans tous les cas. On en arrive à cette formulation:

(périmètre) Dans tous les cas où votre partenaire vous demande de faire un choix entre plusieurs (c’est à dire 2 ou 3) couleurs, et où l’adversaire contre ou surcontre, …

… (description) votre passe indique la volonté d’en rester au contrat, contré ou surcontré, atteint à ce stade; c’est à dire que vous auriez passé si l’adversaire ne s’était pas manifesté devant vous et que vous souhaitez vivement que le partenaire n’aille pas s’aventurer ailleurs.

Le corrolaire, c’est bien sûr que dans les cas, d’ailleurs très fréquents, où on n’est pas embusqué avec la couleur de l’adversaire, il faut faire autre chose que passer. Et autre chose c’est forcément annoncer une couleur, choisir l’une de celles que le partenaire propose. La différence avec ceux qui ne jouent pas le passe consentant, c’est que l’annonce libre d’une couleur ne promet pas un grand intérêt ni même une très nette préférence pour la couleur qu’on nomme, c’est simplement celle qu’il paraît le plus efficace de nommer, éventuellement celle qu’on déteste le moins. En fait, c’est peut-être le point faible de la convention mais c’est un très léger désagrément: le répondant ne peut plus exprimer son indifférence mais, après tout, que ce soit l’un ou l’autre des 2 partenaires qui indique le premier laquelle des couleurs possibles il préfère, cela ne change pas grand-chose.

La définition de départ est simple et générale; cela veut dire qu’elle englobe des situations où il est quasiment impossible que l’on ait envie de faire un passe consentant. Mais ce n’est pas grave, simplement on n’emploiera jamais le passe dans cette situation et on ne s’en portera pas plus mal car les enchères qu’on devra faire à la place ne sont pas, comme on vient de le dire trop contraignantes.

Pour se faire une idée des cas d’application et surtout pour ne pas être pris par surprise quand on en rencontre une un peu insolite à la table, il n’est pas inutile d’exhiber un large échantillonnage des situations qui rentrent dans le cadre.

1C 2T – –
x xx –
c’est la situation basique qui nous a servi de point de départ: le répondant avait un contre punitif (muet) à 2T et n’aimerait surtout pas que l’ouvreur reparle.

1T x xx –
Cas d’application ultra-simple mais qui pourrait ne pas être très fréquent: le contreur d’appel a proposé à son partenaire de choisir entre 3 couleurs (K,C,P), mais ce dernier indique par son passe un wagon de trèfles mais probablement pas beaucoup de forces si l’on se fie aux actions des 3 autres joueurs.

2P x xx –
Situation tout à fait similaire à la précédente et qui a probablement plus de chances de se produire pour de bon.

1P 2SA x –
Voilà un cas où le passe consentant intervient après un contre et non un surcontre. 2SA donnait le choix entre 2 couleurs (trèfle et carreau), d’où la signification du passe indiquant le désir de jouer 2SA contrés. S’il n’y était pas préparé, au lieu de passer il nommerait 3T ou 3K. Quant à la signification du surcontre dans cette situation, c’est une autre histoire, la description de la convention ne la précise pas et elle demanderait un complément de concertation entre les 2 partenaires.

1P 2T x xx

Le contre du répondant est « négatif », demandant à l’ouvreur de choisir entre les couleurs restantes, ou de répéter ses piques ou de nommer les SA, en insistant peut-être plus sur une couleur (les coeurs) que sur les autres mais à la base le répondant donne un choix entre plusieurs couleurs et le passe est, en conséquence, consentant.

1K 1P x xx

Là, c’est un peu discutable et cela permet de faire un triste constat: auusi simple, précise, clairement définie que soit une convention, on finit toujours par trouver des cas tangents. Le contre du répondant est le spoutnik dans sa forme la plus basique. On peut considérer que ce n’est pas une question (un « appel ») mais une simple affirmation: la nomination d’une longueur (au moins 4 cartes) à coeur. A contrario, on peut estimer que le répondant invite l’ouvreur à nommer les coeurs en priorité s’il en a 4, ou sinon, à choisir entre les 2 mineures ou, en désespoir de cause, à nommer les SA. Tout cela est un peu capillotracté mais, par souci de simplicité et d’universalité, il est plus sain de décréter que c’est encore un cas de passe consentant.

De toute façon, dans toutes ces situations, la position du joueur susceptible de faire un passe consentant, ne sera jamais impossible, au pire elle sera peu confortable. Il ne sera pas plus mal placé que si l’adversaire devant lui avait passé; il aura toujours à sa disposition l’enchère qu’il aurait dû produire si l’adversaire avait passé. L’important est d’être bien conscient qu’il ne faut pas l’interpréter comme une enchère « libre ».

1 réflexion à propos de “ Passe consentant ”

  1. JC Legrix a dit:

    Autre situation très fréquente :Donne 5 D3/4
    N….E….S….O
    1C..P..2C..P
    P….X…XX

    …..P R5
    …..C AR1075
    …..K V74
    …..T R74
    P 1072…..P 9643
    C V963….C 8
    K RD3…..K A652
    T D102…T A985
    …..P ADV8
    …..C D42
    …..K 1098
    …..T V63

    Si je réponds 2SA au X, je suppose que c’est un appel aux mineures ?

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