Gestion des interventions sur l’ouverture 1SA du partenaire

La situation qu’on se propose de prendre en compte ici est celle où le partenaire ouvre de 1SA (annonçant un main régulière d’une certaine zone de force, qu’elle soit forte, faible ou intermédiaire, cela reviendra au même) et où l’adversaire se mêle des enchères, de quelque manière que ce soit.

En dehors de la pertinence qu’on peut accorder ou non à la convention décrite ici (et due à l’américain Phillip Martin qui l’a élaborée il y a déjà longtemps, dans les années 90, cf sa description sur sa page perso), l’intérêt réside dans la stratégie qui sous-tend ce schéma conventionnel. Il s’agit de ce qu’on appelle une « défense générique », c’est à dire une méthode passe-partout.

La situation traitée est bien le domaine où une défense générique sera particulièrement appréciable: il existe une multitude de méthodes d’intervention sur 1SA, plus ou moins baroques, plus ou moins artificielles, plus ou moins populaires, plus ou moins cachotières. On devrait pouvoir en dénombrer près d’une centaine et on en rencontre toujours de nouvelles; vous en avez même une, décrite sur une page voisine de ce site, dont vous n’aviez probablement jamais entendu parler auparavant. Il m’est souvent arrivé que la seule chose que les adversaires me demandent, quand j’arrive à leur table, soit ma façon d’intervenir sur leur ouverture de 1SA. Cela ne risque pas d’arriver avec les adeptes de Martin: ils s’en moquent puisque leur comportement est le même quel que soit le système adverse, ce qui est quand-même beaucoup plus commode que d’avoir à prévoir un mode de réaction adapté à chacun des multiples systèmes qu’on peut croiser.

Bon, il est temps de passer au concret: comment marche cette méthode-miracle. D’abord les préliminaires:

– A appliquer quand l’adversaire intervient directement sur 1SA ou quand il réveille après 2 passe.

– La méthode ne focalise pas sur les cas où le répondant a des couleurs longues et qui se traitent simplement par des méthodes traditionnelles: disons des Texas à partir de 2SA, et des enchères naturelles non forcing en dessous quand il y a la place.

– On renonce aux enchères « limite »: on ne peut pas tout faire et le répondant va décider d’emblée s’il vise une partielle ou une manche.

– L’objectif prioritaire sera de marquer dans la bonne colonne, même si on n’atteint pas toujours le score optimal (par exemple, il arrivera qu’on laisse l’adversaire chuter sans le contrer). Ainsi, les mains que cible la méthode sont celles à peu près régulières et pas tout à fait assez fortes pour appeler une manche (genre 7-8 H en face d’un SA 15-17).

Le principe au centre de la méthode, c’est le contre qui est d’appel, qu’il soit fait par l’ouvreur, en réveil après 2 passe, ou par le répondant, directement après l’intervention ou un peu plus tard, sans qu’il ait donné préalablement de signe de force. En supposant que l’adversaire se manifeste par 2C, voici tous les contres répondant à cette définition:
1SA 2C – –          1SA –  – 2C         1SA 2C x        1SA  –  –  2C et même  1SA  –  –  2C
x                         x                                          –    –   x                       x  2P x

Simplement qualifier ce contre « d’appel » serait loin de la réalité. Il est beaucoup plus précis que cela, car il garantit une majorité de points (au moins 22) dans la ligne, indique exactement 2 cartes de la couleur nommée par l’adversaire, et au moins 3 de chacune des 3 autres. J’insiste sur le « nommée »: c’est bien la couleur enchérie par l’adversaire qui compte et non celle qu’il a promise. Par exemple, en cas d’intervention par 2K, la couleur concernée est bien carreau, et c’est là toute la subtilité et la généralité de la méthode. Le contre indique 2 cartes à carreau et 3 ailleurs, que ce 2K serve à annoncer du carreau, à annoncer du pique, qu’il soit peu précis (bicolore coeur-mineure), très confus (bicolore majeure-mineure) ou quoi que ce soit d’autre.

Ensuite, une fois le processus enclenché, les contres ultérieurs sont punitifs. En face d’un contre d’appel, le partenaire tient avec 4 cartes, surenchérit avec 2 ou 3 (éventuellement par un 2SA exploratoire). Puis si l’adversaire a l’impertinence de continuer à enchérir, on le contre au niveau de 2 quand on lui connait moins de 8 atouts, ou moins de 9 au niveau de 3. Pour aider à déterminer ces valeurs avec précision, celui qui a déjà contré d’appel, va contrer une autre couleur avec 4 cartes et passer avec 3. Le partenaire de celui qui a contré d’appel, va passer, face à une autre couleur, avec 2 cartes et contrer avec plus.

Processus enclenché: il faut être précis, il n’est enclenché, à partir d’un contre d’appel, que si le camp est sûr d’être majoritaire en points. Dans la séquence 1SA 2C – , le passe du répondant signifie soit qu’il a un peu de jeu mais au moins 3 cartes à coeur, soit qu’il est simplement faible. Ainsi, dans les séquences
1SA  2K   –   –               1SA  –   –    2C
x      2P   x                      x   2P  x
les contres du répondant sont d’appel (2 cartes) car ce sont aussi ses premiers signes de vie.

Voilà pour le principe général; comme dans toute méthode sérieuse, il y a aussi les exceptions et les cas particuliers. Il y a les situations où le répondant peut déroger avec une répartition non conforme parce qu’il sait comment s’en sortir par la suite. Ce sont des contres d’appel avec des 5422
– avec 2245 ou 2254, il peut contrer 2C puis dégager de 2P nommés par le partenaire (ou du contre à 2P) en annonçant respectivement 3T ou 2SA.
– avec 4252, même chose, il peut se permettre de contrer 2C puis déclarer 3K sur 3T (ou enlever le contre de 3T).

Tout ce mécanisme fonctionne bien quand le répondant est régulier, avec un peu de jeu mais pas assez pour la manche; quand il est très faible, il peut être amené à dégager d’un contre d’appel de l’ouvreur même avec 4 cartes (il ne faut quand-même pas être maso). Quand il est trop fort, il ne peut pas se permettre de passer avec 3 ou 4 cartes dans la couleur adverse; il doit alors faire, soit une enchère forte (par exemple un Texas cue-bid…) ou alors déroger, mais avec  la possibilité de contrôler la situation: il produit un faux contre d’appel; l’ouvreur va croire qu’il a 2 cartes de la couleur mais il rattrapera le coup ensuite: soit l’ouvreur tient le contre, qu’il croit d’appel, et c’est une boucherie, soit la parole revient au répondant qui clarifie par un cue-bid: il nomme, au niveau de 3, la couleur qu’il a auparavant contrée! et c’est là que la méthode devient très subtile, car même dans le cas où l’enchère adverse était très nébuleuse, par exemple quelque bicolore indéterminé où on n’est sûr d’aucune couleur, le répondant, par un coup de baguette magique, a réussi à se fabriquer un cue-bid.
En effet, indépendamment des détails du mécanisme, rappelons qu’il faut surtout retenir que la méthode se moque absolument de la signification des enchères adverses: quand on contre d’appel 2K, on annonce 2 cartes à carreau et 3 au moins ailleurs et ce, que 2K annonce du carreau, du coeur, un unicolore indéterminé, un bicolore connu ou inconnu ou quoi que ce soit d’autre, et c’est la même chose pour les contres punitifs qui arrivent ensuite.

La description initiale (en anglais) Countering Notrump Interference, par Phillip Martin

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