Contres alternés

Il existe des contres d’appel et des contres punitifs. Suivant le niveau et la configuration, certains contres d’appel sont plus souvent transformés que d’autres par un passe du partenaire mais ce sont quand-même des contres d’appel et la notion de contre optionnel est une invention d’hypocrites qui répugnent à décrire leurs véritables stratégies ou qui ne les connaissent pas eux-mêmes.

Il existe aussi, il est vrai, des contres bivalents, un outil qui peut se révéler commode mais qui est aussi un bâton de dynamite dans la main de son utilisateur. Par exemple, on trouve des téméraires pour l’appliquer dans la séquence: 1C – 1SA – 2C x. Ce contre est soit d’appel sur les coeurs avec alors une main qu’on a estimée trop faible pour contrer 1C au tour précédent, soit punitif; au partenaire de deviner: s’il a une chicane à coeur, c’est le contre punitif, et s’il en a 4, c’est évidemment l’autre option; et, en principe, il ne devrait pas arriver qu’il en ait un nombre intermédiaire qui pourrait le laisser dubitatif!

En fait, ce n’était qu’un préambule et après cette digression, il va être question ici de situations où les 2 partenaires produisent successivement des contres punitifs et d’appel, selon un ballet bien orchestré. Je n’ai pas moi-même pratiqué cette façon de faire et j’essaie simplement de la décrire à partir de ce que j’en ai vu, aussi il est possible que l’analyse soit incomplète et puisse être améliorée à partir de l’expérience de ses adeptes.

Les situations concernées sont celles où on commence par un contre punitif ou une menace de punition, typiquement un surcontre du contre d’appel de l’ouverture du partenaire, un contre d’une ouverture de 1SA (par exemple du SA faible car les contres du SA forts sont le plus souvent utilisés de manière artificielle pour décrire certaines mains irrégulières), le contre d’une intervention par 1SA.

1P x xx             1SA x            1K 1SA x

La vieille école, dans ces cas-là, reposait sur la stratégie du boule-dogue: ne jamais relâcher l’étreinte et contrer punitivement, chaque fois qu’on le pouvait, dans tous les contrats où l’adversaire essayait de se réfugier. Evidemment, c’est parfait tant qu’on a ce qu’il faut pour contrer punitivement mais les séquences deviennent très floues quand l’adversaire découvre une couleur où on ne peut pas le contrer. Le 1er à se manifester sur cette couleur découverte par l’adversaire, doit passer, qu’il ait un peu de jeu ou qu’il en ait beaucoup, pour laisser à l’autre l’occasion de contrer; et le 2e, qui n’a pas non plus de contre punitif dans ses cartes, doit faire une enchère parce que, son partenaire étant illimité, la situation est forcing, et à partir de là, on commence à atteindre des paliers élevés sans tellement savoir ce qui est encore forcing et ce qui ne l’est pas, et les séquences se terminent souvent en dérapage incontrôlé.

Le mode « alterné » qui a pris le dessus sur la vieille école consiste à assaisonner les séquences d’une touche de contre d’appel. Le plus important est de d’abord bien définir les conditions d’application: un début de séquence où son camp a indiqué détenir la majorité en points et des valeurs plutôt défensives (pas de fit avéré), c’est à dire les débuts de séquence indiqués plus haut et peut-être d’autres similaires. Une fois cette situation mise à jour, le 1er contre produit ensuite par l’un ou l’autre des 2 partenaires est d’appel, puis tous ceux qui pourraient venir ensuite sont punitifs. Idéalement, ce contre d’appel « générateur » est fait avec 2 cartes dans la couleur (avec moins, c’est dangereux et il vaut mieux alors avoir une réserve de force, et avec 3 c’est plus acrobatique mais peut se concevoir avec un 4333) et avec une tolérance (disons au moins 3 cartes, ou 2 dans la couleur déjà nommée par le partenaire) pour chacune des 3 autres couleurs. L’avantage de cette façon de procéder tient à la fréquence: il arrive presque toujours que l’un des deux joueurs ait de quoi faire un contre d’appel et ensuite la séquence est relativement facile à gérer: soit l’autre transforme le contre, soit il surenchérit mais alors, assuré de ne pas tomber dans une courte du partenaire, il peut se permettre de moduler: enchère au plus bas palier avec une main banale, ce qui permet de s’arrêter s’il le faut, ou une enchère plus élevée avec une main forte.

Pour être précis, on va définir un palier limite jusqu’auquel on s’engage et ce sera 2C: on convient de ne pas laisser l’adversaire jouer, non contré, le contrat de 2C ou un contrat inférieur. Cela permet de faire des passes forcing jusqu’à 2C mais au-delà ce peut-être un peu acrobatique, mais pas plus que dans la vieille école. Avec un important surplus de force, par exemple, on peut alors être amené à faire un contre d’appel atypique (par exemple  4243 sur 3T adverse) en se disant que si le partenaire tient, c’est Byzance et sinon, et s’il annonce notre courte, on aura assez de réserve pour réorienter (cue-bid, SA…), ou alors on peut, avec une main forte et un peu irrégulière, abandonner le « plan pénalité » en faisant une enchère descriptive et en utilisant les armes dont on est équipé indépendamment (Texas, ou Lebensohl, ou dispositif good-bad, ou…) pour moduler selon sa force.

Bien que ce ne soit pas absolument évident, on peut prendre le risque de faire comme si on était majoritaire dans des séquences comme:
1SA  x  –  –
2T
1SA est faible et même si le passe du n°4 ne promet rien (on peut convenir que ce passe promet 5H ou alors qu’il ne fait que dénier une main très irrégulière), on fait comme si on tenait le bon bout (passes forcing jusqu’à 2C, 1er contre d’appel, etc..)
1SA x 2K
On n’est pas sûr mais on fait confiance à l’adversaire qui n’a pas l’air rassuré et ne se serait pas réfugié à 2K s’il pensait pouvoir nous massacrer.

Un autre exemple d’extension: ouverture, réponse 1SA du partenaire de l’ouvreur, intervention adverse. Là aussi, la « vieille école » c’était le contre punitif sans modération et l’alternative « nouvelle vague » c’est le même contre « alterné »: on considère que 1SA permet de se placer en mode « plutôt défensif »; considérer qu’on est majoritaire en points serait un peu exagéré (surtout avec les 1SA sournois qui fleurissent) aussi on ne considérera pas les passes de l’ouvreur comme forcing, mais on applique le même dispositif: le 1er contre après l’intervention est d’appel.

Pour illustrer, voici quelques exemples d’application du principe, avec des donnes réelles:

43             RV865               1C  1SA  x   –
AD10863   R52                   –      2K   x   –
62             V3                     2C   –     4C –
AD6           RV3                   –      –
Est contre plein d’espoir mais doit déchanter après son contre d’appel ultérieur qui va révéler que l’adversaire a trouvé un bon refuge (Nord avait essayé de noyer le poisson avec 6 carreaux!).

108          RDV7                         –   –
A954        V87                  1T x  xx 1P
DV7         R1064                 x –   –   –
AD104     53
le surcontre de la main de droite déclenche les hostilités. Le contre de l’ouvreur est d’appel, mais on en reste là.

AR72            D83                   1SA  x   xx   –
AR104          V32                    2T   x    –    2K
1093            D854                 3T   –     –     –
105              V82
Ouest contre punitivement le SA faible, puis d’appel le sauvetage à 2T. Est déjà pas bien fort, n’a pas assez de trèfles pour transformer et atterrit là où il peut; l’adversaire a encore le culot de surenchérir (une de chute sur la pointe des pieds).

A1084            RV32                                    –
RV874            95                    1SA   x    –    –
2                    A87                  2K     x    –    3K
AR5                D974                 –     3C   –    3P
..                                           –     4P    –    –
…………………………………………………..
Même début que sur la précédente, avec une option un peu osée prise par Ouest (contre punitif de 1SA puis d’appel de 2K avec le singleton, plutôt que de nommer directement le bicolore majeur) puis Est découvre que l’adversaire a pu se mettre à l’abri, mais il est en bonne position pour rechercher la meilleure manche.

Il faut bien se dire que ce mode de fonctionnement n’est pas parfait mais qu’il est optimisé pour des donnes où les 4 mains sont le plus souvent assez régulières et plutôt misfittées. Par ailleurs il est plébiscité par les meilleurs joueurs actuels du circuit international: hollandais, italiens et polonais entre autres.

On peut faire le rapprochement avec la méthode de Ph Martin décrite sur une page voisine du site qui est à la fois plus restrictive (ouverture 1SA du partenaire et intervention adverse) et plus générale (enchères adverses naturelles ou artificielles) et aussi beaucoup plus ancienne (vers 1990 je pense) et qui pourrait avoir été le point de départ du concept.

mai 2013

Dans la même veine, il existe aussi cette façon de faire, très prisée de la nouvelle vague américaine, qui s’applique à l’auteur d’une ouverture de barrage.
Après « ouverture de barrage au niveau de 2, 3 ou 4 », « contre » de l’adversaire, « surcontre » du partenaire et « annonce d’une couleur » par le 4e joueur, un contre de l’ouvreur décrit une courte (singleton ou chicane) dans la couleur contrée.
Le surcontre du partenaire est « normal », c’est à dire qu’il indique une grosse main avec laquelle il désire pénaliser l’adversaire ou faire une proposition de manche ou de chelem, et l’idée est que l’information la plus utile que l’ouvreur puisse communiquer pour aider à faire le meilleur choix est la détention ou non d’une courte dans la couleur adverse.

juillet 2013

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3 réflexions à propos de “ Contres alternés ”

  1. claude Dubois a dit:

    sur une ouverture d’un k par est, réponse :contre d’appel par sud ; ouest passe ; nord répond par contre punitif…. est ce possible ? reponse par oui ou par non . merci

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