Lexique

PETIT LEXIQUE du BRIDGE de COMPÉTITION
(François-Michel Sargos)

ALERTE
n. f.
Procédure d’urgence à mettre en oeuvre lorsque l’on n’a aucune idée de la signification de la dernière enchère du partenaire. La procédure consiste à réciter à l’adversaire toutes les possibilités, « C’est une chicane… », « Ça doit être un honneur troisième… », « ou alors… », jusqu’à ce que le partenaire affiche un sourire décrispé.
CHARIOT
n. m.
Projectile en forme de plateau avec lequel on doit renverser la tasse de café des adversaires (1 point) ou du partenaire (2 points). Certains champions parviennent à renverser la tasse de café de l’adversaire sur la robe de leur partenaire (4 points). Le chariot avait autrefois des roues, ce qui explique sa curieuse dénomination, mais le jeu était trop facile.
CHICANE
n. f.
Teneur que l’on a le plus fréquemment dans la couleur du partenaire1) lorsqu’il entame contre un contrat à SA,ou 2) lorsqu’il intervient vulnérable. Variante favorable: le singleton.
CONTRE INFORMATIF n. m. Manifestation d’ennui, voisine du bâillement, qui, par une plaisante antiphrase, indique seulement que l’on n’a rien à dire. Les Anglais l’appellent negative double, par référence aux points de match qu’il rapporte.
CONTRE-ATTAQUE
n. f. (ou switch)
Elle consiste, après avoir livré une levée dans la couleur d’entame, à en livrer une deuxième dans une autre couleur. Le switch peut être un moyen de se venger élégamment du partenaire-entameur, lequel peut à son tour switcher. La poursuite du processus engendre à la table une ambiance agréablement animée.
COUP SANS NOM
n. m.
Dénomination valorisante d’un coup innommable trop difficile à justifier. Il existe une variante plus théorique, mais elle ne sert jamais.
DÉROULEMENT DU JEU
n. m.
Chaque donne se déroule en trois phases principales: les enchères, le jeu de la carte et l’appel à l’arbitre. La dernière phase peut être précédée de deux phases entièrement optionnelles: les injures et les hurlements.
DEUX FAIBLE
n. m.
Enchère qui a pour but de signaler à l’adversaire qu’on n’a aucune reprise de main et qu’il peut impunément nommer 3SA avec l’As blanc dans la couleur d’ouverture.Le Deux Coeurs faible est aussi, à l’intention des adversaires les plus timorés, une amicale incitation, du type Texas, à nommer leurs Piques.
ÉCRAN
n. f.
Sert à signaler les compétitions de Première Série, la qualité du jeu lui-même ne l’indiquant pas toujours clairement. L’écran est muni d’une amusante guillotine, qui s’abat d’un coup sec sur la main de l’entameur.
ENCHÈRE INSUFFISANTE
n. f.
Un des plus puissants outils des enchères. Elle sert à gagner des paliers lorsqu’elle est « couverte » par l’adversaire, qu’on peut distraire habilement à cette intention en jetant un mégot dans son café, ou par tout autre procédé ingénieux. Elle sert aussi, lorsqu’elle est suivie d’une rectification incorrecte, à priver le partenaire de parole jusqu’à la fin des enchères, ce qui est généralement très profitable.
ENCHÈRES DE CONTRÔLE
n. f.
Elles remplacent avantageusement le vieux Blackwood, qui n’indiquait pas explicitement à l’adversaire la couleur où l’on a deux perdantes immédiates.
ENTAME EN PAIR-IMPAIR INTÉGRAL
n. f.
Convention extrêmement ludique, surtout à Sans-Atout, qui consiste à obliger le partenaire à deviner si l’on a entamé le 2 du 6 troisième ou d’As Dame cinquièmes. S’il se trompe, ce qui arrive habituellement (même sans l’aide de cette convention, d’ailleurs), on gagne le droit de le ridiculiser publiquement.
FAUSSE CARTE EN FLANC
n. f.
Carte incongrue, que le déclarant ne regarde pas, mais qui pousse le partenaire à rejouer dans une fourchette au prétexte d’une convention plus incongrue encore (l’appel de Smith).
FEUILLE DE CONVENTIONS
n. f.
Pense-bête à garder à portée de regard pour se remémorer les conventions farfelues. Si la feuille est ouverte à la bonne page, employer la technique discrète du lycéen cherchant l’inspiration dans la copie du voisin. Sinon, réviser le passage en faisant mine de le montrer à l’adversaire qui n’a rien demandé.
IMPASSE
n. f.
Élément-clé de la technique, si subtil que les Anglais l’appellent finesse. À noter, pour nous habituer d’avance à la malchance, que nous ratons nos impasses à peu près aussi souvent que les autres réussissent les leurs.
JEU DE COUPE
n. m.
Technique par laquelle on parvient en général à couper toutes ses perdantes excepté les sept ou huit dernières.
PAIRE
n. f.
Formation bridgesque de base, composée d’un narrateur et d’un imbécile. Les rôles sont interchangeables.
PAIRE MIXTE
n. f.
Formation bridgesque de base, composée d’un narrateur et d’une imbécile. Les rôles ne sont pas interchangeables.
PLACEMENT DE MAIN
n. m.
Coup d’expert qui consiste le plus souvent à jouer une carte perdante que l’on croit maîtresse. Cette opération échoue quand la victime détient un trop grand nombre d’autres cartes maîtresses. Elle réussit en particulier lorsque l’adversaire, pris par surprise, rejoue dans une fourchette.
PLAN DE JEU
n. m.
Opération qui consiste à chercher à la dixième levée quelle carte jouer pour rattraper l’effet désastreux des neuf précédentes.
QUADRETTE
n. f.
Formation bridgesque complète, composée d’un narrateur, d’un imbécile et de deux à quatre débiles profonds. Les rôles sont interchangeables.
QUART D’HEURE TABAC
n. m.
Réglementation judicieuse qui pousse de malheureux drogués à fumer trois cigarettes en un quart d’heure, au lieu de deux en une heure.
QUATRE DAMES
n. m. (!)
Le Quatre Dames n’a pas de définition.
SÉCURITÉ
n. f.
Argument imparable à opposer à des partenaires prêts à nous reprocher de faire régulièrement une levée de moins que l’adversaire à l’autre table.
SQUEEZE
n. m. (mot angl.)
Opération qui consiste à convaincre un adversaire de défausser une ou plusieurs cartes maîtresses. Il existe une variante plus théorique, mais elle réussit moins souvent qu’une simple impasse. Celle-ci est donc techniquement préférable, ce qui tombe bien. Voir aussi impasse.
SQUEEZE DOUBLE
n. m.
Opération qui consiste à convaincre les deux adversaires de défausser leurs gardes dans la même couleur. Il existe une variante plus théorique, mais elle réussit moins souvent qu’un squeeze simple. Celui-ci est donc techniquement préférable, ce qui tombe bien. Voir aussi squeeze et surtout impasse.
SPOUTNIK GÉNÉRALISÉ
n. m.
Convention du plus haut intérêt qui permet notamment de trouver les fits 4-3 en mineure au palier de 3, et même parfois 4-2 au palier de 4. Le contre punitif, agressif et cupide, n’est plus politiquement correct.
SYSTÈME D’ENCHÈRES FRANÇAIS (S.E.F.) Fruit de notre haute technologie, comme le Concorde, encore qu’il serve plutôt à arriver après les autres. Il connaît d’ailleurs le même succès à l’exportation.
TEXAS
n. m.
« Quels Texas jouons-nous ? » est une formule de politesse courante, comme « Comment allez-vous ? », dont on n’écoute d’ailleurs pas davantage la réponse.
TOP
n. m. (mot angl.)
Note maximale et justifiée, qu’on obtient grâce à un talent qu’on se doit d’exposer sur-le-champ et en détail aux adversaires émerveillés. Aurait-on pardonné à Beethoven de garder ses symphonies pour lui seul ?
ZÉRO
n. m.
Note catastrophique et imméritée que nous infligent des malades mentaux à qui ne pas signaler la gravité de leur état serait de la non-assistance à personne en danger. Lorsque leur cas est désespéré (le zéro est alors dit plein), on se contentera néanmoins de s’apitoyer d’un simple ricanement
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