Règlements de comptes loin d’OK Corral


C’était à St Cloud, faubourg de Paris, dans les locaux de la fédé.  Au début de ce siècle, un match de Division Nationale comme tant d’autres, avec Bompis-Ste Marie comme adversaires pour la circonstance. Comme d’habitude, la mi-temps commence dans un climat tendu; d’abord ce n’est pas le plus facile à vivre des deux qui s’assoit de mon côté; ensuite ils n’ont évidemment pas de feuille de conventions, ne comprennent pas comment on pourrait leur en demander une et lèvent les bras au ciel (surtout mon voisin, pour être franc); histoire de détendre l’atmosphère, je m’empresse de leur préciser que je n’en exige pas une mais deux. Ils finissent par sortir du fond d’une poche une feuille, écrite en anglais, remplie avec juste ce qu’il faut pour comprendre qu’ils jouent au bridge et non à la marelle, et le match peut enfin commencer. Au bout de 3 ou 4 donnes qui lui ont juste donné l’occasion d’exprimer ce qu’il pensait de notre façon d’enchérir et de jouer la carte, Ste Marie ouvre de 3SA, avec cette main, en Sud. Comme je ne trouve pas dans les gribouillis de sa feuille ce qui pourrait justifier l’alerte que son mouvement de poignet semble avoir indiquée, je vais aux nouvelles et j’apprends que cette ouverture correspond à un barrage à trèfle ou carreau. Là, je sens que le poisson commence à mordre et, pour le ferrer, je lui signale qu’un modeste joueur comme moi n’est pas capable de s’adapter dans l’instant à une convention pourtant aussi banale et que je me propose de consulter mes notes pour rechercher le système de défense approprié qui y figure probablement. Il avale immédiatement tout l’hameçon, s’indigne qu’on puisse se comporter ainsi et m’interdit de fouiller dans mes papiers avant l’arrivée de l’arbitre qui ne manquera pas de me rappeler à l’ordre. Il commence à parler de plus en plus fort, hèle un arbitre sans succès, finit par aller le débusquer à l’autre bout du bâtiment où il établit généralement ses quartiers et, enfin, on va en finir avec ce cirque. Le pauvre arbitre doit d’abord comprendre ce que c’est que cette enchère de 3SA, finit par établir que c’est une Convention Inhabituelle (CI: c’est comme ça qu’on dit) et confirme que j’ai le droit de consulter mes notes de défense. Ste Marie n’en croit pas ses oreilles et cherche, en désespoir de cause, à se rabattre sur la thèse du complot. Pendant qu’il essaie de reprendre sa respiration, j’en profite pour placer un mot et indiquer à l’arbitre que malheureusement je ne dispose pas de défense contre cette convention dans mes notes pourtant fournies. J’ajoute que si je n’ai pas prévu cette défense, c’est que, probablement en raison d’une erreur dans la distribution du courrier, je n’ai pas été informé dans les délais légaux de l’utilisation de cette convention par mes adversaires. Ca y est, il n’y a plus qu’à sortir l’épuisette: l’arbitre notifie aux adversaires qu’ils n’ont plus le droit de jouer de CI jusqu’à la fin de l’épreuve, que cette donne ne sera pas jouée et que nous marquerons 3 IMP pour la peine.
On a perdu le match mais cette mi-temps « virile », on l’a gagnée (6 à 5). Peut-être que la prochaine fois, Marc Bompis viendra s’asseoir de mon côté.

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