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Lyon, mais ce n’était pas trop difficile, était un championnat bien mieux organisé que Montecatini quelques semaines plus tôt. C’était aussi une grande foire avec plein d’épreuves dans tous les sens, mais au moins il y avait de la place, de grandes salles, du personnel compétent (accueil, arbitres, organisateurs, restauration, etc..). C’est malheureusement inévitable, comme les rentrées financières ne peuvent venir ni de la billetterie, ni de la publicité, il faut faire payer les joueurs qu’on attire par la qualité du plateau; même s’ils n’affrontent pas les meilleurs joueurs du monde dans les tournois qu’on leur propose, ils peuvent les côtoyer de près et croiser quelques ténors à la table.

Ce qui est un peu regrettable, c’est que la Bermuda Bowl, le vrai championnat du monde, passe du coup au second plan. La Bermuda Bowl, et à un degré moindre, son équivalent réservé aux dames, la Venice Cup, ou même celui réservé aux vieux, le d’Orsi Trophy, ce n’est pas rien, c’est ce qui sacre tous les 2 ans la meilleure équipe planétaire, à l’issue d’un parcours long et sélectif. Et ça se finit comment? Des matchs joués dans l’indifférence générale, au milieu d’une foule préoccupée à jouer son petit tournoi par paires ou son insipide épreuve parallèle. Je m’inclus dans le lot des anonymes puisque j’étais dans le couloir entre 2 tours du Transnational quand a surgi en courant une groupie de l’équipe de France Open, hurlant « on est en finale » sans s’attirer autre chose que quelques regards étonnés si ce n’est réprobateurs. On peut le déplorer mais les joueurs aiment avant tout jouer et peu regarder sauf quand ils n’ont rien de mieux à faire, et comme on ne les encourage pas à changer d’inclination…

Personnellement, je n’ai que peu vu de ces championnats du monde, la 2e semaine j’étais à Lyon mais je jouais (et on n’était que 4 dans l’équipe), ce qui m’a juste permis d’aller faire un tour au Rama pour les dernières donnes de la journée, et la 1e semaine, j’ai pu voir aussi quelques donnes sur BBO en rentrant du travail le soir. Mon impression générale, forcément empreinte de subjectivité, mais qui me semble remonter à 2 ou 3 ans, est qu’on voit de tout dans ces joutes de haut niveau, des coups brillants et aussi un certain nombre d’erreurs, beaucoup plus d’erreurs en tout cas que dans la période précédente où les tricheurs faisaient régner leur loi et semblaient infaillibles. Et ce simple constat me réjouit.

J’ai peint une image négative de toutes ces épreuves annexes qui éclipsaient les vrais championnats du monde, mais j’y ai participé et je ne le regrette pas. D’abord il y avait beaucoup de compétitions réservées aux jeunes et même aux très jeunes, ce qui ne peut pas faire de mal. On y a en particulier remarqué une multitude de petits chinois qui arrivaient le matin et repartaient le soir rejoindre leurs logements, alignés sur 2 rangs comme dans les écoles françaises des années 50. On m’a expliqué que l’éducation nationale chinoise a rendu obligatoire dans les collèges l’apprentissage d’un jeu de réflexion, au choix, et que les élèves choisissaient massivement le bridge parce que c’est le seul jeu qui ne soit pas individuel.

J’ai donc participé au Transnational sur 3 jours puis, n’ayant jamais été en position de me qualifier pour les 1/4 de finale, à la consolante au format BAM. Le grand intérêt de ces épreuves, c’est qu’on y rencontre assez peu de français, ce qui change du train-train morose de toute la saison où on ronronne bercé entre le SA fort, la rectification fittée, le pair-impair ou le mini cue-bid, sans même imaginer qu’il soit possible de jouer différemment. En 5 jours, j’ai rencontré des Chinois, Indiens, Espagnols, Italiens, Russes, Turcs, Anglais, Hollandais, Israëliens, Polonais, Norvégiens, Portugais, Américains, Suisses, Belges, Allemands, Argentins, Australiens, Indonésiens, Egyptiens, je dois en oublier, et j’ai eu la sensation de faire plus appel à la réflexion qu’aux réflexes, par rapport à mes habitudes. Une remarque perfide pour finir: j’ai vu en une semaine, chez mes adversaires (sauf les français bien sûr), plus de feuilles de convention que dans une saison entière! Mais quand on part de loyn…

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