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Je vous laisse deviner ce que signifie ce titre, sachant que je me suis moi-même longtemps demandé ce que pouvait bien vouloir dire Brexit!
Le sujet du moment ce sont les Championnats d’Europe de Budapest qui viennent de se terminer et qui ont été très favorables aux équipes de France: 1e victoire en Open depuis plus de 30 ans, un podium pour les Dames pour lesquelles c’est beaucoup plus une habitude et une honorable 6e place pour les Séniors. Comme ces championnats servaient accessoirement de qualification pour 6 équipes aux Championnats du monde 2017 (Bermuda, Venice et d’Orsi) qui se dérouleront à Lyon et pour lesquels les français avaient d’office un billet en tant que pays organisateur, on peut déjà remarquer que la performance des français dans les 3 épreuves a fait le bonheur des 7es tous repêchés. Comme tout le monde se répand en louanges et superlatifs et que je n’aime pas m’exprimer pour simplement répéter ce que disent les autres et manier la brosse à reluire, je vais essayer avec forcément toute ma subjectivité de faire la part des choses et de prendre un peu de distance.
Mon analyse ne peut être qu’approximative car je n’ai pas eu le loisir de voir beaucoup de donnes sur BBO à cause des horaires: j’ai regardé quelques matchs les week-ends et parfois les denières donnes de la journée vers 20-21 h, mais quand-même. D’abord pour expliquer la performance de l’équipe Open, il y a son rajeunissement ou plutôt l’arrivée d’une nouvelle génération; ce n’est pas tant l’âge qui importe mais un état d’esprit; d’abord ces 3 paires ont eu le temps de se conditionner à l’idée de disputer cette compétition, ont accumulé un grand nombre de donnes (pendant les épreuves de sélection et leur préparation) et ont eu l’occasion de rencontrer des adversaires très divers et éloignés du style franchouillard, mais surtout elles adoptent un comportement assez différent des générations différentes. Pendant très longtemps, le comportement des équipes de France c’était l’attitude « Banque de France »: on évite à tout prix de faire quoi que ce soit qui pourrait entraîner des reproches et on épluche les feuilles des partenaires pour guetter leurs erreurs et leur imputer la responsabilité de l’échec final. Là, j’ai vu des joueurs adoptant une relax-attitude, jouant un bridge-pourcentage les conduisant à prendre des décisions qui leur paraissaient être profitables même s’ils étaient conscients que si elles tournaient mal, elles pouvaient les tourner en ridicule. L’exemple typique, c’est: après des enchères un peu compétitives, vous vous trouvez coincé à devoir décider de jouer ou non un chelem avec 2 petits dans la couleur adverse, sans pouvoir obtenir plus d’informations mais en vous disant qu’il y a de fortes chances que les adversaires aient 10 cartes dans la couleur; l’attitude Banque de France c’est de s’abstenir, on ne pourra rien vous reprocher; l’attitude responsable c’est de se jeter à l’eau sans se préoccuper de ce que penseront les reporters. Cette relax-attitude s’accompagne aussi de comportements que j’ai pu observer à travers les commentaires des opérateurs BBO et qui m’ont paru déplaisants, une certaine désinvolture (pour jouer ses cartes, tabler, alerter, se renseigner sur les enchères adverses), des commentaires ou blagues superflus, mais peut-être cela contribue-t-il à l’insouciance et à la désinhibition qui permettent de basculer dans la relax-attitude.
Puisqu’on parle de chelems et que c’est une faiblesse récurrente des français, je dois dire que cette fois, sur ce que j’ai vu, ils ont eu une efficacité exceptionnelle; non seulement, ils prenaient régulièrement de très bonnes décisions mais les quelques fois où ils se trompaient, ça tournait encore en leur faveur. Contre Israël, ils appellent 2 fois six avec AR à perdre et ils rentrent 2 fois le chelem; contre la Norvège, ils se retrouvent à 7T surcontrés avec un As à perdre, l’entameur se trompe de couleur et la perdante s’évanouit; un quart d’heure plus tard, ce sont les norvégiens qui s’embarquent à 7K contrés avec un As à perdre, l’entameur ne trouve toujours pas la couleur mais cette fois, il n’y a pas de défausse pour sauver le déclarant. Contre Monaco, Bessis s’arrête à 6P et, probablement désappointé à la vue du mort quand il constate que le grand chelem aurait été préférable, table dès la 1e levée; il a trouvé là la meilleure ligne de jeu car il sera le seul de la salle à obtenir 13 levées, des répartitions cauchemardesques empêchant de dépasser 12 comme a pu s’en rendre compte Helness qui a chuté 7P à l’autre table.
Il faut aussi parler de l’opposition et cela conduit à évaluer l’impact de la traque des tricheurs qui a commencé il y a un an. Quand je compare à ce que je voyais au plus haut niveau ces dernières années, je me dis que les cadors sont moins infaillibles, qu’ils donnent l’impression d’être moins géniaux, que je vois plus d’erreurs, mais c’est simplement parce qu’ils ne me trompent plus avec leurs méthodes déloyales et ce sont ceux qu’ils réduisaient aux rôles de seconds couteaux qui prennent maintenant une juste revanche. A Budapest, il n’y avait aucune des paires déjà condamnées ou encore inculpées et, à ma connaissance une seule des paires qui ont été suspectées et je pense que même les tricheurs qui n’ont pas été démasqués doivent maintenant se tenir à carreau, renoncer à leurs pratiques crapuleuses et, forcément, voir leur rendement diminuer. Ainsi les équipes d’Israël, Pologne, Monaco (qui, en plus, avait le handicap de jouer à 5), Allemagne et Bulgarie avaient moins fière allure et n’ont pas vu le podium. L’Italie et la Norvège étaient aussi amoindries mais pour d’autres raisons, alors que Suède, Hollande et Angleterre étaient au complet mais n’ont pas réussi à empêcher la France de triompher.
Dans les autres catégories, la concurrence est moins dense chez les Dames où 3 équipes (France, Hollande, Angleterre) émergent nettement depuis longtemps; cette fois ce sont les anglaises qui ont arraché le morceau mais de justesse, dans les 4 ou 5 dernières donnes, au dépens des polonaises en gros progrès et qu’elles rencontraient au dernier match, et de peu devant les françaises, alors que les hollandaises ont déçu. Et la concurrence est moins régulière en Séniors où d’une année à l’autre la compétitivité des différents pays varie beaucoup (l’âge, l’éclosion de nouveaux vieux…). On attendait mieux des français qui alignaient une forte équipe et m’avaient fait forte impression lors de la sélection (forcément, puisqu’ils m’avaient barré la route de manière implacable!) mais ils ont joué les lièvres de la fable et leur fin de parcours irrésistible ne leur a pas permis de remonter aussi haut qu’espéré, peut-être à cause de l’impatience qu’on éprouve la 1e fois qu’on participe à une épreuve de ce type.
Il est difficile de juger des comportements individuels sans être au plus près de l’événement, alors de manière simplement statistique, il apparaît qu’en Dames et Sénior les 3 paires ont tourné assez régulièrement avec des performances (je n’ai que le Butler pour les apprécier) assez homogènes en Sénior alors que curieusement chez les Dames, c’est la paire la plus réputée (Cronier-Willard, n° 1 et 2 au classement mondial quand-même) qui a été sensiblement la moins performante. En Open, une hiérarchie s’est établie, la paire Combescure-Rombaut a joué le rôle de 3e paire sans que cela n’ait rien d’infamant, beaucoup d’autres joueurs restés à la maison, auraient été fiers d’être à leur place, mais ils ont quand-même disputé plus de la moitié des matchs et ont eu un score positif au Butler, bien sûr assez éloigné des scores réellement énormes des 2 autres paires.

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