Un grand championnat, c’est l’occasion de faire une revue des effectifs et d’en tirer des enseignements. Les récents championnats d’Europe se sont déroulés fin juin en Croatie, dans la station balnéaire d’Opatija et c’était une compétition sérieuse, au contraire de certaines autres épreuves dites Open, pompeusement baptisées championnats mais auxquelles n’importe qui peut participer, à la seule condition de s’acquitter des droits d’inscription, en général très élevés. Compétition sérieuse parce que chaque fédération européenne (ou plus exactement, affiliée à l’EBL) a droit à une équipe et une seule, qu’elle va, en principe sélectionner sur des critères « sportifs »; en principe seulement car les petites fédérations qui n’ont pas les moyens de financer la participation de leurs joueurs sont bien obligées, soit de renoncer à participer, soit de se faire représenter par une équipe en mesure de prendre en charge tous les frais que cela entraîne. Malgré tout, on arrive à réunir une trentaine de pays participants dans chacune des 3 catégories (un peu plus en Open qu’en Dames et qu’en Sénior), ce qui permet de se faire une idée des forces en présence et de leur évolution récente.
La meilleure performance d’ensemble est à mettre au crédit de l’Angleterre: une médaille dans chaque catégorie (une de chaque métal), résultat auquel elle ne nous avait pas habitués, donnant plutôt l’impression d’être des « has been » mais il faut reconnaître qu’ils ont toujours été au top en Dames, qu’ils sont convaincus comme dans tout sport que quand ils le veulent ils sont les plus forts, et que quand ils parviennent à réunir leurs meilleurs joueurs, même si ce sont de vieilles gloires, ils sont dangereux. Le seul autre pays à avoir réussi à rentrer dans les 6 premiers de chacune des 3 catégories est la Pologne, une valeur sûre. Un championnat, il faut le gagner ou, lot de consolation, monter sur le podium. Ici, il y avait aussi une autre motivation: rentrer dans les 6 premiers pour gagner son billet aux prochains championnats du monde. A ce propos, il était amusant de lire les commentaires des américains qui ne connaissent pas chez eux de championnats continentaux : ils considéraient cette compétition comme une sélection destinée à désigner les 6 équipes de l’EBL pour la Bermuda Bowl, dissertaient sur la manière la plus efficace d’organiser une sélection (poule, KO ou mixte des deux) et s’étonnaient presque que les équipes aient des noms de pays !
Comme toujours, la formule a été très critiquée, en Sénior parce qu’elle était trop courte et surtout en Open, parce que personne n’est jamais satisfait, sauf le gagnant bien sûr. Il y avait trop d’équipes (36) pour faire une poule complète, un suisse n’aurait pas fait sérieux, alors on est parti sur 2 poules séparées avec un système de qualifications pour une 2e phase. Des matchs à élimination directe, on ne veut pas s’y résoudre, surtout quand l’épreuve sert aussi de qualification pour une compétition ultérieure, alors on a fait, comme la dernière fois une poule finale (à 18) en prenant en compte les matchs des qualifiés entre eux lors de la 1e phase, mais comme il y avait eu des critiques la fois d’avant, on a fait un peu plus compliqué en rajoutant une sorte de bonus pour tenir compte aussi des matchs contre les éliminés ; de toute façon, on peut être sûr que la prochaine fois, ce sera encore différent.
Les tendances : Monaco , avec ses naturalisés reste une valeur sûre, cohésion, sérieux et talent constituant une bonne recette. En hausse, toujours en Open, l’équipe allemande, tirée vers le haut par une nouvelle paire : Sabine Auken qui ne manque pas de prouver qu’elle est plus qu’au niveau en Open, associée à son compagnon dans la vie, l’américain Welland, rapidement assimilé allemand malgré une polémique malsaine. Au rang des déceptions, les suédois qui n’ont pas confirmé depuis leur titre olympique et les hollandais qui semblent en fin de cycle, n’ayant apparemment plus les moyens de financer la formation et l’entraînement de leurs meilleurs joueurs, système que toute l’Europe leur enviait, certains d’entre eux étant partis sous des cieux plus attrayants. Enfin et surtout, l’Italie n’existe plus, dans ce cas c’est le système Lavazza qui a explosé. Avec le retrait de la senora, plus de Blue-Team mais une équipe formée dans la polémique, avec une composition, disons, hétéroclite et n’ayant plus aucune chance de bien figurer.
Chez les dames, moins de surprise, les favorites sont au rendez-vous et l’Allemegne n’en faisait évidemment plus partie, en l’absence de la paire qui la tenait à bout de bras depuis longtemps: Sabine Auken est passée en Open et Daniela von Arnim a disparu de la circulation.
En Senior, et c’était attendu, l’Allemagne ne s’est pas remise de l’exclusion de ses tousseurs, les anglais ont largement gagné avec leurs vieilles gloires et les français, on verra plus bas.
Du suspense, il y en a eu en Open et en Dames. En Open, ça s’est décidé, au dernier tour, à 3 donnes de la fin entre les jeunes israéliens et les chevronnés monégasques, sur une grosse erreur de Fantoni-Nunes : ils ont d’abord abouti à 6P en 4-3 au lieu de 6C en 6-4 ; par le plus grand des hasards, les 2 contrats étaient presque équivalents ; ensuite Nunes a pris ses adversaires anglais pour des imbéciles en choisissant, entre 2 lignes de jeu, celle que l’adversaire aurait pu rendre inopérante en adoptant une défense différente.
Chez les Dames, c’était encore plus serré, les 4 premières (Hollande, Angleterre, France et Italie) pouvaient encore gagner à quelques donnes de la fin et ont fini dans une fourchette de 5 points. Tout pouvait encore arriver sur la dernière donne : tout le monde avait fini sauf une table du match Hollande-Estonie ; la manche, très tendue gagnait, grâce à une position très favorable de plusieurs cartes et elle avait d’ailleurs été appelée à 2/3 des tables; si les estoniennes l’appelaient, les anglaises étaient championnes… mais non, ce sont les hollandaises qui ont triomphé.
Il faut parler des français. Les françaises ont été à leur niveau, 3es donc, très près des premières, avec des hauts et des bas et, en tout cas, elles sont qualifiées pour la Venice Cup.
Les Séniors ont déçu, on les voyait gagner ou être sur le podium et, en tout cas, se qualifier facilement pour la d’Orsi Cup. Ils ont échoué dès le premier tour, ne parvenant pas à se qualifier dans les 10 pour la phase finale. Petite forme, malchance ou autre chose, je ne connais pas les raisons. Ce qui est lamentable ensuite, c’est qu’il y avait une 2e phase pour les 16 équipes éliminées ; sur les 16 de cette consolante, 15 s’y sont présentées, sauf la France, une manifestation d’arrogance et de mauvaise humeur difficilement compréhensible. A ce propos, il y a quelques semaines on m’avait demandé mon avis sur le fonctionnement des suisses et sur de possibles améliorations, notamment la possibilité de les scinder au bout d’un moment en 2 parties disjointes; j’avais répondu que c’était impraticable en France car il y aurait trop d’abandons, comme les français s’en font la spécialité dans les épreuves internationales!
En Open, ce n’a pas été fameux comme c’est hélas le cas depuis quelques années; on espérait mieux, l’équipe présentée semblant être à peu près ce qu’on pouvait faire de mieux mais après un début encourageant, l’équipe semble s’être éteinte et n’a plus été en mesure de lutter pour la qualification à la Bermuda Bowl. Finalement 9e, elle aura au moins obtenu un petit quelque chose : la qualification d’une équipe française (normalement les vainqueurs de la DN1) à la prochaine Coupe d’Europe des clubs champions, ce qu’on n’avait pas vu non plus depuis quelques années, sauf quand la France était pays organisateur ! Dans le comportement des paires, il faut noter aussi la contre-performance (si on peut se fier aux résultats du Butler) de celle qui paraissait pourtant la plus solide, Quantin-Bompis, qui a d’ailleurs été alignée peu souvent en fin de parcours.

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