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  La fin d’année est une période calme de la saison bridgesque et, comme dans tous les domaines, se prête facilement aux rétrospectives, analyses et réflexions plus ou moins profondes. Les dirigeants du bridge ont toujours la tentation de vouloir faire assimiler leur discipline à un sport; il y manque le côté « athlétique » mais l’aspect « compétitions » est bien là et même plus que dans beaucoup de sports: des adversaires qui s’affrontent directement avec un décompte objectif des points pour désigner les vainqueurs. Quand on essaie de prendre un peu de recul, on en arrive aussi à constater que le bridge a des particularités qui n’apparaissent pas dans les vrais sports. Par exemple, il n’y a pas d’usure de l’âge ou presque pas: les joueurs peuvent être performants très longtemps et rester en activité parfois jusqu’à mourir de vieillesse, sans avoir à fournir de gros efforts pour se maintenir à leur meilleur niveau. Il en résulte mécaniquement que c’est une activité de vieux qui réunit, certes ceux qui s’y intéressent tôt dans leur vie mais aussi ceux qui, l’âge avançant, doivent abandonner des passions, sports ou autres activités pour lesquelles ils n’ont plus les capacités physiques suffisantes, mais qui souhaitent continuer à assouvir leur esprit de compétition. Cette question de l’âge interfère aussi sur l’encadrement des équipes. Dans les sports, c’est simple, on devient entraineur quand on est trop vieux pour jouer et les rôles sont alors bien définis. Dans le bridge, c’est toujours un peu ambigu, celui qui est désigné capitaine (je me suis toujours demandé pourquoi on l’appelle capitaine et non entraineur comme tout le monde!) est toujours un joueur qui pourrait éventuellement être sélectionné à la place de ceux qu’il dirige et il est souvent choisi parmi les recalés de la sélection. Par ailleurs, et c’est peut-être une conséquence de cette situation, la constitution des équipes se fait très souvent de manière totalement irrationnelle: ce sont les joueurs qui désignent le capitaine alors que c’est très logiquement l’inverse qui se fait dans presque tous les sports. Il y a bien parfois le contre-exemple des équipes de Coupe Davis au tennis mais le résultat est souvent catastrophique, ce qui est facile à comprendre: quelle autorité peut avoir un capitaine qui est nommé par ceux qu’il est censé diriger? Une autre particularité du bridge, et c’est un lourd handicap, est qu’il n’attire pas de public; pour s’intéresser à un match, il faut être soi-même un peu pratiquant et, en plus la majorité des joueurs sont très égocentriques et ne portent guère d’intérêt aux matchs ou compétitions qui ne les concernent pas. D’où évidemment à peu près aucun espoir de disposer de ressources venant de spectateurs payants, de droits-télé ou de recettes publicitaires.
J’ai noté un autre paradoxe dans l’actualité récente, c’était à props du tournoi Cavendish il y a  quelques semaines. L’organisateur monégasque (JC Allavena) s’est exprimé pour regretter quelques comportements suspects qui proviendraient de certains des participants. Je ne sais pas quel est le fond de l’affaire mais ce tournoi prestigieux va complètement à l’encontre de ce qui est considéré comme l’esprit sportif dans toutes les autres disciplines. Avec l’avènement des sites de paris sportifs sur internet, toutes les fédérations ont pris des mesures pour interdire à leurs participants de prendre des paris sur leur discipline, ce qui ouvrirait immanquablement la porte aux matchs truqués, et ceux qui contreviennent sont sévèrements sanctionnés: on a eu des footballeurs et des tennismen suspendus, il y a eu le scandale des handballeurs de Montpellier qui auraient parié sur une défaite de leur équipe. Et au bridge, que croyez-vous qu’il en soit? C’est le monde à l’envers: on organise des tournois (dont le fameux Cavendish) où on oblige les joueurs à prendre des paris et en particulier à parier sur la victoire de leurs adversaires! et on espère naïvement qu’il n’y aura que des gentlemen pour faire triompher l’esprit sportif aux dépens de leur intérêt financier. Ce type de tournoi, destiné à faire la promo du bridge (jeu bon marché n’exigeant qu’un paquet de 52 cartes et un bic), risque hélas de manquer le but; alors que la volonté affirmée est de casser l’image du bridge perçu en dehors comme un jeu élitiste chasse gardée de nantis désoeuvrés, on montre une compétition se déroulant dans un lieu cossu entre des joueurs triés sur la base de leur capacité à débourser les  imposants droits d’inscription. A force de surfer sur les ambiguïtés, il est à craindre que le bridge ne se noie.
Pour finir, l’habituel tour du site: 2 ou 3 problèmes de cartes (A TABLE) se sont ajoutés à la liste; le feuilleton sur la création d’un système (ARTICLES) a atteint son terme; la description d’un gadget, le Passe Consentant, est apparue (SYSTEMES).

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